La montagne

Les choses se sont calmées, au moins provisoirement, disons que je me sens moins dans le tumulte. Je dois être dans la phase déni/abattement qui succède à celles du choc et de la colère.

J’ai arrêté de me sentir anormale, de m’écrouler tous les jours, et je commence à intégrer la nouvelle.

Il y a des moments où j’arrête d’y penser, quand je suis en plein vent, sur un bateau ou en jouant avec un cerf-volant. Solliciter des circuits neurologiques qui gèrent l’immédiateté m’empêche de me faire happer par des préoccupations plus lointaines, comme avoir des enfants un jour.

Mais le sentiment général est plutôt une forme de lassitude. On avait été des bons élèves, on s’était jetés dans une FIV sur l’intuition d’un gynéco qui hésitait avec des IAC, parce qu’on voulait mettre toutes les chances de notre côté. On avait ensuite attendu sagement le rdv avec Hope, et passé tous les examens demandés dans un temps record, et on se disait que ça y est, on était entre de bonnes mains, et on allait enfin pouvoir se laisser porter, en confiance. Je me voyais déjà me piquer en septembre, grosse toxico que je suis, et me jeter avidement sur tous ces produits à m’injecter.

Alors qu’en fait, ce n’était que de petites collines à passer qui dissimulaient une immense montagne, et j’ai l’impression de ne pas avoir les jambes suffisamment musclées pour la grimper. Je suis porteuse d’une translocation chromosomique, qui est à la fois un des facteurs d’explication de notre infertilité (puisque si on féconde parfois – ce que j’ignore vu qu’on cumule différents problèmes – les embryons mal formés se font probablement hara kiri dans mon utérus), et en même temps un risque important de transmettre une trisomie. D’où la nécessité de recourir au DPI, pour éviter que les FIV ne se terminent en fausses couches ou IMG…

Il nous faut donc repartir dans les démarches, contacter d’autres centres, en France, voire penser à l’étranger si les délais s’avèrent trop longs. Pour l’instant on a reçu des infos contradictoires sur les durées, et comme plus personne n’est joignable depuis fin juillet et qu’on nous renvoie systématiquement à des rappels en septembre, il y a un certain découragement qui s’installe.

Recommencer des examens, recommencer à attendre pendant de longs mois. Je vais bientôt pouvoir écrire un guide du routard des centres de PMA alors qu’on a commencé ce parcours il y a moins d’un an.

Il faudrait qu’on se réjouisse de ne pas avoir perdu (trop) de temps. Il faudrait qu’on se dise que c’est mieux comme ça, d’éviter de devoir vivre l’indicible, une interruption de grossesse après la joie de pds positives suite à un parcours de FIV lourd médicalement et psychologiquement. Mais en même temps je me dis que je n’ai jamais connu le ressenti d’être enceinte. Que peut-être on aurait été du bon côté des statistiques/de la loterie avec une simple insémination. Et qu’on se retrouve à sortir l’artillerie lourde en regardant ma fertilité décroitre. Je serais bien plus sereine avec 10 ans de moins au compteur, à ne pas entendre le tic-tac angoissant de l’horloge biologique et à me demander si je fais les bons choix en attendant une réponse d’un centre en France ou si je dois envisager de partir ailleurs, subir des interventions médicales hors de mon pays et vendre un rein pour les financer. Ou peut-être qu’on cumule juste trop de choses, et que tous les efforts que l’on pourrait fournir n’y changeraient rien.

Au-delà de cette lassitude, il y a aussi une véritable perte d’insouciance. Cette joie qui doit envahir une pmette qui gertrude, je pense que je l’ai définitivement perdue. Si demain un test de grossesse tournait au positif, la victoire d’un miraculeux bébé couette serait certainement éclipsée par la trouille, et je retiendrai mon souffle pendant les 3 mois précédents le verdict.

Enfin, le choix de la discrétion sur notre parcours nous est également en partie enlevé, puisqu’il va falloir que je contacte les personnes de ma famille qui présentent le risque d’avoir récupéré la même anomalie au jeu de la loterie génétique. A part les proches, j’avoue ne pas avoir eu le courage pour l’instant d’appeler les cousins qu’on ne voit jamais pour leur balancer ce genre de nouvelle…

On va devoir s’équiper de bonnes chaussures de randonnée pour continuer le chemin et garder espoir. Après tout, les miracles existent. Même cette connasse de panda a réussi à faire un gamin (des jumeaux à la base, en plus !), alors que son compagnon avait l’air tellement pas doué qu’il préférait bouffer du bambou plutôt que de tenter de l’approcher pendant ses rares période de chaleur. Tout espoir est donc permis.

 

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23 réflexions sur “La montagne

  1. « Solliciter des circuits neurologiques qui gèrent l’immédiateté m’empêche de me faire happer par des préoccupations plus lointaines. » En une phrase, tu viens de parfaitement résumer pourquoi sauter en parachute me fait autant de bien en ce moment …
    Courage !

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime bien l’idée de s’équiper de bonnes chaussures et de ne pas faire comme tous ces pignoufs qui partent gravir des sommets en sandalettes!!!
    Tu suis le blog de Martine Holmes, passée par le DPI elle aussi ? Peut-être a t-elle des infos ou conseils à transmettre?
    Je t’embrasse fort et t’accompagne en pensées à travers les questionnements et démarches actuelles 🍀

    Aimé par 2 people

    • Ah ah j’adore l’image des sandalettes (le pire c’est les tongs avec talons, non?). Oui, je suis Martine et son parcours est porteur d’espoir; c’est prévu que l’on se contacte. Merci pour le conseil et des gros bisous en retour.

      Aimé par 1 personne

  3. Ce résultat du cariotype a tant de conséquences sur votre parcours, sur vos sentiments et sur la suite. Il vous oblige à vous creuser la tête pour trouver un autre centre et ce fichu mois d’août bloque toutes les infos que vous pourriez avoir concernant les délais. Cette absence d’informations n’est jamais facile à gérer alors que nous aimerions tant savoir et avancer.
    J’espère qu’un grand ciel bleu d’optimisme vous accompagnera pour gravir cette montagne mais surtout que le terrain soit tout plat une fois cette montagne passée.
    Bisous de soutien.

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  4. Tu sais que je suis là si tu as des questions sur le DPI. J’espère que l’on t’aidera à gravir cette montagne qui te paraît pour l’instant infranchissable. Ta réflexion avance et tu auras des réponses au fur et à mesure, dans quelques semaines. Prends ton temps, chaque étape est importante même si les délais sont longs et que l’on a envie de les réduire. Plein de bisous et de courage !

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  5. Je te renvoie des bisous et du courage, (je n’avais pas vu ce nouveau post )car tes mots expriment tellement et si justement mes questionnements estivaux … que ce soit cette envie de sollicitations neuronales immediates, la lourdeur de devoir mettre mes beaux parents au courant ou cette sensation d’avoir trop attendu pour faire un bébé …
    Et pour ma part cette terrible impression qu’il ne peut rien sortir de bon du mélange de nous 2 …

    Des 😚 et de l’espoir et 🍀 et plein de câlins … je te souhaite aussi plein de moments de deconnexion neuronale …

    Aimé par 1 personne

  6. Je me reconnait beaucoup dans post.. ces montagnes à franchir, cette lassitude et surtout cette insouciance perdue.. c’est exactement ce que je disais à ma meilleure amie il y a un mois. J’ai perdue mon insouciance et la j’en veux à Dame nature…une maman suite à une fiv m’a dit qu’elle revenait vite une fois que.. mais bon c’est pénible. Notre esprit est souvent pris par des tourbillons qui prennent beaucoup de place et des fois on aimerait retrouver un peu de légèreté. J’espère que tu auras bientôt des réponses, et t’embrasse bien fort! On est là 😘😘

    Aimé par 1 personne

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