En parler ou pas

C’est un sujet qui me taraude depuis quelques temps, probablement parce qu’il me semble que je change doucement d’optique sur ce point là.

Faut-il parler de notre parcours à notre entourage, et à quel entourage ? De ce que je lis sur divers blogs, les réponses sont multiples et variées en fonction des histoires et ressentis de chacun. De notre côté, j’ai l’impression que l’on a vécu plusieurs phases. Il serait probablement plus juste, d’ailleurs, que j’emploie la première personne du singulier, tant l’Homme et moi sommes différents sur cette question-là.

Au commencement, c’est-à-dire à la première grande claque dans la gueule, on a très peu verbalisé nos ressentis auprès de notre entourage. État de sidération, mêlé d’une forme de pudeur, ou de honte peut-être, sur cette étiquette d’infertiles qui nous tombe dessus. J’ai juste informé ma mère, parce qu’elle lit de toute façon en moi comme dans un livre ouvert, et j’ai dû évoquer ces premiers résultats très brièvement avec une copine, un soir, au détour d’une conversation. S’ensuivent les mois où cela me ronge et où je passe mes nuits à dévorer les blogs des pmettes : à défaut de communiquer de manière active, je reçois des informations de manière passive, et découvre qu’il existe tout un monde où l’on se pique, on s’endochatte, on pleure et on rit, on rêve et on (des)espère.

Ce n’est qu’avant d’entamer cette première fiv, parce que l’angoisse monte inexorablement et que la tension devient insupportable, que je crache le morceau à une partie de mon réseau amical, et que je me lance dans l’écriture de ce blog. Comme libérée après cette première expérience PMA, j’en parlerai ensuite beaucoup plus facilement, parfois même à des collègues avec qui les liens personnels sont pourtant ténus, alors même que je continuerai de le taire auprès de certains proches.

A l’heure actuelle, je serais plutôt en phase de repli sur cette communication. Cela m’a fait beaucoup de bien à un moment donné, de verbaliser cette angoisse, quel que soit l’interlocuteur. Mais je découvre aussi le revers de la médaille, et en premier lieu celui de se faire surprendre, par des interrogations sur le sujet à des moments où on serait juste tentés de vivre avec un peu de légèreté et de penser à autre chose. Pour ceux que l’on côtoie, il est difficile de ne pas manifester leur intérêt pour notre vie en nous demandant où nous en sommes, voir en se sentant obligés de faire étalage de leur compassion alors qu’on n’avait rien demandé (parfois même l’info leur est parvenue, de manière indirecte, par un proche en commun ; cela m’est arrivé une fois, et l’effet de surprise est particulièrement violent). Et l’on nous prive alors de cette légèreté si chèrement conquise, de notre aptitude à occulter cette partie de nos vies l’espace de quelques instants, parce qu’on était juste en train de passer du bon temps avec des amis, et qu’on avait oublié que le panneau lumineux clignotait au-dessus de nos têtes.

J’avoue que je ne sais pas où est cet équilibre, et que la vérité est probablement que l’on n’est jamais contents (que l’on nous en parle quand on ne le souhaite pas, ou que l’on oublie de nous en parler quand on vit à fond dedans). La PMA rend bougon, et pis c’est tout.

Parmi les aspects bénéfiques de la communication, il y a le fait d’éviter des incompréhensions ; l’entourage comprend mieux le repli sur soi, le manque de disponibilité, et l’incapacité dans laquelle nous sommes de planifier à moyen voire court terme. Il y a le côté rassurant de savoir que certaines épaules seront présentes si on a besoin de verser une larme, sans que l’on ait besoin, avant d’atterrir dessus, de devoir résumer tout notre parcours à la personne hébétée qui encaisse l’information en face de nous. Il y a aussi une certaine délicatesse dans la manière dont on nous communique les annonces de grossesse. Et il y a, enfin, un bénéfice pour la communauté, celui de communiquer sur cette infertilité qui touche autant de monde en silence, et peut-être d’épargner à d’autres pmettes en souffrance de se prendre d’autres réflexions maladroites de son interlocuteur qui ne comprend pas pourquoi c’est un problème de lui demander quand-est-ce-qu-elle-s-y-met.

En contrepoint, le dévoilement de son intimité implique de porter cette étiquette d’infertile, et de prendre le risque qu’elle nous retombe dessus pas surprise, alors qu’on l’avait momentanément oubliée. Je me surprends de plus en plus à apprécier de passer du temps avec ceux qui ignorent, et j’en parle de moins en moins ouvertement autour de moi en ce moment. C’est indéniablement plus aisé depuis que j’ai trouvé cet espace de parole sur internet. Mais j’éprouve aussi simplement le besoin de vivre des moments où l’on me prend pour une personne menant une existence normale, et où je me surprends à jouer le jeu.

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19 réflexions sur “En parler ou pas

  1. Javais pas fini ! Nous on a fait le choix d’en parler à nos familles, au début par besoin, puis finalement par envie « d’éduquer ». Et je me surprends de plus en plus à avoir envie d’en parler librement, même au boulot. Ce qui me retiens c’est la peur de voir mon ventre scruté par ces personnes qui me voient tous les jours…

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  2. C’est siiiii juste tout ce que tu écris!
    Ici aussi, le choix a été d’en parler, et d’éduquer. Ça nous semblait trop lourd de porter cela tout seuls. Dans les deux cas (silence ou parole) on se prend des réflexions dans la tête et ça tombe rarement au moment opportun. Mais en parler présente à mon sens deux avatanges que tu évoques si bien : Avoir des épaules pour pleurer et faire de la pédagogie sur un problème de santé publique à grande échelle.

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  3. Je comprend toute ta réflexion…

    Nous avons fais le choix d’en parler très rapidement, tout simplement car cela devenait trop lourd à porter, les phrases maladroites de certains nous ont eu fais mal et puis car j’allais me faire opérer. Nous en avons parlé tout naturellement à nos familles, amis et même au travail et les gens se sont montrés extrêmement bienveillants.
    Nos familles sont là pour nous écouter, nous accompagner moralement , nos amis se sont montrés touchés par ce qui nous arrivait, s’y sont intéressés et nous ont aidé à dédramatiser lors des moments difficiles que nous avons vécu ! Nous avons même rigolé ensemble de ce petit poussin qui nous attendait dans le grand froid de la PMA. Ils nous ont et nous font toujours du bien , par leurs épaules sur lesquelles ont peu aussi pleurer quand il y a eu des moments compliqués. D’oser en parler nous permis aussi qu’on nous protège. Les grossesses qui sont arrivées autour de nous nous ont de ce fait été a annoncé avec beaucoup de délicatesse… ça n’enlève pas la douleur mais ça permet de l’apprivoiser plus facilement pour passer à l’ autre chose 😉
    Et enfin nous en avons l’un et l’autre parlé à nos travail respectif ce qui a permis de délier certaines langues qui avaient ou qui vivent comme nous cette Pma!

    Je rejoins Tidoum et ce que tu as évoqué.. pouvoir en parler permet de parler d’un problème qui est finalement le mal du siècle mais aussi de se sentir moins seuls! Expliquer les choses permet au gens de mieux comprendre nos comportements pas forcément faciles..

    J’espère que l’on t’aura un peu aidé dans tes réflexions !
    😘😘

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    • Merci pour cette réponse touchante et détaillé Laurinette. On se rejoint sur beaucoup de choses, et notamment le fait que cela nous apporte une chape de protection et de bienveillance. A vrai dire ma réflexion portait plutôt sur le point de ne pas en parler à tous, et se réserver des espaces où la PMA n’existe pas. Mais je crois, quoi qu’il arrive, que tout est affaire de feeling, et que le mieux est certainement de suivre son ressenti.

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      • Tout est affaire de ressenti , de feeling totalement.. et il y aura des moments où tu auras besoin que les gens soient la et d’autres où tu voudras te replier sur toi. Je dois avouer que notre entourage nous a assez bien compris pour ça , ce qui nous permet de pouvoir à certains moments ne plus avoir cette  » étiquette » .
        Mais je comprend qu’il y est des moments où tu es envie de retrouver une vie  » normale » , et je dois avouer que des fois à fait du bien 😉

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  4. Alors à titre personnel. J’ai commencé par mes parents. Et la belle famille. Pas plus de soutien que ça. On me pose même pas forcément de questions quand j’en ai besoin…. Une copine est au courant. Au courant des rendez vous, des échos, des prises de sang… Des résultats. En fait, son agenda téléphonique pourrait être le mien. Si j évoque pas là PMA, alors elle m en parle pas.
    Au boulot, j’en ai parlé et ça c’est super mal passé. Puis j’ai changé. ..j’en ai reparlé et ils sont super compréhensifs. Ils m’ont même adaptés des horaires pour cette FIV et mes rendez vous. En revanche, effectivement, il y a des questions au moment où tu t’y attends pas, qu on te jette à la gueule parce que t’as l’impression que limites ta vie est plus passionnante que la leur et qu ils pourraient t écouter te plaindre en bouffant du pop corn. J’ai remis à sa place mon ancienne chef de ma nouvelle boîte quand elle m a demandé où j en étais. Je fais un bébé avec mon mec et assez de médecin pour tenir au courant des collègues.
    Alors en parler oui, mais choisis bien les personnes !

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    • Ah ah ah j’aime beauuuuucoup l’image du pop corn! C’est vraiment ça, pas envie que ta vie soit un reportage en plusieurs épisodes sur W9 😉 Pour le reste, comme le montre ton boulot, tout est affaire de personne en fait, et il n’y a pas de règles. Elle a l’air chouette ta copine !

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      • Ma copine c’est elle qui m a donné la supersouris. ..et que depuis j’écris. J’ai la meilleure je crois…
        J suis pas prête d oublier un rdv avec elle.
        Pour les pop corn, c’est vraiment l’effet que j’ai eu quand tout fort mon ancienne bosse m a dit « souuriiiiiis aloooooors comment elle ça se passe en ce moment ? « . A savoir que je bosse dans un open Space. ..alors t es mignonne mais …Ta gueule ! 😂

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  5. C’est difficile. Tu résumes assez bien les étapes par lesquelles je suis moi aussi passées…
    Avec en plus, pour moi:
    Un besoin d’en parler, quelque part de revendiquer ma souffrance (je ne suis pas certaine que ct une bonne chose mais j’en ai eu besoin)
    Une phase pendant laquelle je ne supportais pas qu’on m’en parle si ce n’était pas moi qui le décidais (j’ai réalisé après coup ce comportement : je voulais pouvoir en parler dès que je ne souhaitais, mais uniquement dans ces moments là… ca ne marche comme ca hein, je le sais bien ^^)
    Verbaliser certaines choses sur le blog (et avec la psy) m’a permis de le réaliser (et j’espère d’être moins insupportable parce que voilà ca devait être ingérable parfois pour certains)

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    • La communication marche dans les deux sens, et c’est chouette que tu aies pu avoir ce genre de prise de conscience. On est parfois trop mal pour être lucide, et on projette notre souffrance sur les plus proches de manière injuste…

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