Les autres

Une amie qui garde le silence, après que je lui ai relaté l’échec de la Fucking Fiv de Février dans un sms (j’ai décidé de poursuivre mon allitération préférée ; notez que ça fonctionne aussi très bien avec un personnage politique devenu mondialement célèbre à peu près à la même période). D’autres qui n’ont toujours pas osé demander de mes nouvelles depuis la ponction (sérieux ?!). Une proche qui se plaint de la fatigue qu’engendre le fait de jongler entre son boulot et son bout de chou (non, ne me demandez pas d’être dans l’empathie…). Paradoxalement, j’ai été extrêmement touchée par la bonté qui se dégageait du mail tout en retenue que m’a envoyé mon chef ce matin, après que je l’ai informé de manière laconique que je ne pourrai pas accepter d’évolution de carrière l’année prochaine pour cause de situation perso compliquée.

Pourquoi suis-je si susceptible en ce moment, alors que je n’ai pourtant pas envie d’être emplie d’amertume ? De quel droit je distribue bons et mauvais points à mon entourage pour de simples maladresses, alors qu’ils n’ont objectivement rien fait de mal et que j’ai quand même la chance d’être globalement soutenue par des gens aimants ? C’est extrêmement autocentré d’oser espérer qu’autrui fasse un sans-faute, adopte l’exacte attitude dont on a besoin, d’autant que je n’ai pas envie que quiconque se sente obligé de marcher sur des œufs en ma présence. Bon, je laisse de côté l’hypothèse de la vieille copine qui n’a pas arrêté de m’envoyer des photos de son rejeton cet été en m’expliquant à quel point il remplissait sa vie de bonheur (une ancienne carriériste, qui ne jurait que par l’accomplissement personnel il y a quelques années…je me marre…). Et toi, tu t’y mets quaaaannnnd ? Pute. J’ai failli lui renvoyer en réponse les photos des pokémons super rares que j’avais réussi à choper au fil de mes diverses pérégrinations (j’avoue ne pas avoir passé une saison estivale extrêmement studieuse… mais je sors, moi, ma chère, je suis libre de chasser les evolis, je ne suis pas enfermée avec un môme qui hurle dans l’appart à cause de la chaleur). Et puis j’ai laissé couler, la flemme de rentrer dans de l’explication de texte quand mes louvoiements auraient quand même dû suggérer quelque chose à un interlocuteur un petit peu avisé.

 

 

On est tellement exigeant auprès des proches quand on est à fleur de peau… Parfois je me laisse aller à de la mauvaise foi, face à des silences gênés. Je me demande si c’est contagieux l’infertilité pour que ce soit à ce point tabou ? C’est par délicatesse que les autres refusent de pénétrer notre intimité et de prendre des nouvelles ? Ou juste ça les dépasse en fait. Ou ils oublient, quand nous on ne peut pas. Moi, j’y pense tout le temps. Alors que ça ne sert à rien (paraît qu’au contraire, c’est quand on arrête d’y penser que… bon, stop, c’est trop éculé comme cliché, ça ne me fait même plus sourire).

Bref, je n’ai pas envie d’être envahie par des sentiments négatifs, qui ne sont, probablement, que le reflet de ma propre frustration. Ou de ma colère, peut-être que je n’ai toujours pas digéré le fait que j’avais l’immense privilège d’être tirée au sort pour participer à la Grande loterie de la PMA plutôt que de stresser tous les mois à l’idée de tomber enceinte d’un enfant non « planifié » (et j’ai pas dit « non désiré », hein, juste la grossesse qui tombe pas pile poil dans le créneau du projet de vie qui a été défini après mûre réflexion – oui, je sais, je suis amère ;-)). Une certaine fatigue aussi, avec le boulot qui s’accumule, et le fait qu’on n’ait pas pris de vacances depuis Noël. Un break de quelques jours, pour s’évader l’esprit, n’aurait pas été du luxe après la FFF. Je le saurais pour la prochaine, mais pour le moment, la pause arrivera avec un petit décalage. On se projette un WE prolongé à la fin de cette semaine, qui devrait, je l’espère recharger les batteries.

Quand je crains de me complaire dans la complainte, comme en ce début de lundi grisâtre, je pense à tous ceux qui affrontent en ce moment un parcours médical pour sauver leur peau. J’en ai malheureusement connu des très proches ; mais étrangement la personne qui me vient à l’esprit, c’est cette nana de 35 ans qui occupait le lit à côté du mien à la clinique où je m’étais faite opérer d’un kyste à l’ovaire alors que j’étais encore une jeunette de 25. Avec le recul, et après lecture compulsive de divers articles sur la fertilité au cours des derniers mois, cette opération, qui a entamé ma réserve ovarienne, n’était pas l’idée du siècle, mais ce qui est fait est fait. Et pas la peine de me préciser que cela peut être un signe d’endométriose, je me suis déjà fait la réflexion, mais cela n’a pas l’air d’interpeller les médecins que j’ai croisés… j’attends Hope ;-). Bref, cette fille venait de se taper une double mastectomie pour un cancer du sein. Et moi je morflais grave à cause des gaz dans le ventre et des antalgiques qui ne faisaient vraiment pas effet…Et pourtant on a bien rigolé, toutes les deux, pendant ces quelques jours côte à côte. Parenthèse de vie, on n’a pas gardé contact, et en même temps on n’avait pas grand chose en commun dans nos existences du dehors, mais ce lien là, il a été précieux dans cet intervalle singulier. J’espère qu’elle se porte bien. Take care les filles…

 

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10 réflexions sur “Les autres

  1. Oh lala comme je me retrouve à travers tes mots!!!
    As tu dans ton entourage d’autres pmettes ?
    Perso, j’ai commencé à moins en vouloir à ceux qui ne comprenaient pas lorsque 1) je me suis mise à dévorer les blogs des autres galériens de l’infertilité 2) j’ai ouvert mon blog et ai ressenti cette solidarité très forte entre nous 3) ai rencontré d’autres couples en parcours pma dans la vraie vie.
    Bref, j’ai ressenti moins de colère envers ceux qui ne comprenaient pas lorsque j’ai croisé sur ma route des personnes qui enfin, me comprenaient !

    Ceci dit, les relations amicales changent avec le temps et ce que chacun traverse…et c’est normal !

    Qq jours off devraient te faire du bien. La dernière tentative est encore toute récente…protège toi des mamans nunuches, pense à toi et faites vous du bien
    Bon prochain week-end 😉

    Aimé par 1 personne

    • Pas de Pmettes dans mon entourage, non, et je crois que c’est bien cette absence qui m’avait poussé à me lancer sur la blogosphère, le besoin de communiquer avec des gens qui traversent ce parcours. Merci pour tes mots bienveillants, je crois que j’étais juste hyper fatiguée quand j’ai écrit tout cela ce matin, ça me semble très râleur en me relisant ce soir, j’ai dû déverser le trop-plein d’un coup! Des bisous 🙂

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    • Merci pour ces sages conseils ! J’ai écrit cet article dans un moment de ras-le-bol, et tout ça mérite probablement davantage de mesure, mais je te rejoins sur le fameux tri qui s’opère dans les épreuves de la vie, quelles qu’elles soient. Des bisous également 🙂

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  2. Je suis d’accord avec les filles, échanger avec des pmettes ca aide.
    J’ai déjà eu le même ressenti que toi, Tkt ça fluctue avec le temps, même si ya des choses que je ne supporte plus du tout…
    Je suis certaine que tu as as également eu de belles surprises (soutiennent/ou personnes que ça touche sincèrement ta situation!) dans ton entourage, recentre toi sur celles ci

    Aimé par 1 personne

    • Oui, j’ai un peu l’impression que les montagnes russes émotionnelles me poursuivent, même hors période de stim ou dpo 😉 Bien sûr que des chouettes personnes m’entourent et se sentent concernées. Je mesure aussi ma chance sur ce point, j’ai fait ma chouineuse dans ce billet, besoin de râler de fatigue…et effectivement les discussions entre pmettes aident à y voir plus clair. Bises

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